ANIMALERIES : NON !!!!!!

 

Et voici pourquoi ...

Lettre ouverte parue dans "Chiens 2000" n°281 (novembre 2001), en réponse à un article de Mr Ganivet, vétérinaire et président de la SFC, paru dans le n° 271 (décembre 2000) de ce même magazine, où il faisait l'apologie de l'animalerie et encourageait les éleveurs à vendre leur production par cet intermédiaire ! Cet article avait scandalisé tous les acteurs sérieux de la cynophilie, et suscité de nombreuses réponses, dont la mienne que voici .....

Monsieur Ganivet reproche au "parti anti-animaleries" de manquer d'arguments. D'être seulement capable de réactions épidermiques, de jugements hâtifs se traduisant par des qualificatifs à l'emporte-pièce : "marchands de chiens", qui "font de l'argent sur leur dos" seraient des lieus communs qui n'auraient pas de fondement.

Mon rejet total de la vente de chiots en animalerie est certes, pour reprendre les mots de Monsieur Ganivet, une condamnation sans appel, mais certainement pas gratuite.

Le cœur du problème est le fait que l'animalerie est un intermédiaire entre le "producteur" et le "consommateur" (sic). De là découlent deux conséquences indéniables : primo, le prix d'achat du chiot par l'animalerie doit être suffisamment bas pour lui permettre de faire du bénéfice sans pour autant proposer des chiots hors de prix. Secundo, il n'y a pas de contact entre producteur et acheteur.

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La question d'argent tout d'abord: je ne reproche pas aux éleveurs qui fournissent les animaleries de faire de l'argent - je serais moi même bien contente de gagner de l'argent sur mon activité d'élevage, hélas ce n'est pas le cas pour l'instant; pourtant je vends mes chiots entre six et huit mille francs. Alors comment un élevage industriel peut-il faire des bénéfices s'il cède ses chiots pour cinq, dix fois moins ? Question d'échelle bien sûr - les volumes sont sans commune mesure. Cependant avec le nombre de reproducteurs augmentent également les frais. Il y a plus que ça : les méthodes d'élevage sont bien sûr radicalement différentes. Doux euphémisme ...

Pour minimiser les dépenses, il n'y a pas trente-six solutions. Concrètement : des chiennes qui reproduisent tous les six mois, en commençant le plus tôt possible, et jusqu'à ce que mort s'ensuive (ou jusqu'à ce que infertilité donc euthanasie s'ensuive). Des économies sur la nourriture et les soins (croyez vous que ces chiens mangent du super-premium ? Qu'on soigne les otites, abcès interdigités et autres petits ou gros bobos courants ? Ne soyons pas naïfs - on y soigne seulement ce qui menace le rendement). Réduire le nombre d'employés au minimum, donc réduire le temps passé avec chaque chien au minimum - 23h par jour seul dans un boxe, toute sa vie, c'est bien long. Et permettez moi de douter que les caresses, gratouilles sur le ventre et autres parties de ballon soient au programme. Ici je ne parle pas des chiots qui, eux, auront la chance d'en sortir. Enfin, certains, forcément il y a de la perte, n'est-ce pas, pas la peine de tuber toutes les deux heures un chiot au démarrage difficile si c'est pour le vendre pour trois fois rien plus tard - bénéfice nul, autant qu'il crève tout de suite. Mais, d'un point de vue éthique, est-il concevable que, pour que chaque famille ait le plaisir d'accueillir dans son petit pavillon un compagnon de jeu pour les enfants, une petite boule de poils à chérir et avec qui partager une vie de bonheur et d'affection, des chiens en tout point semblables, leurs géniteurs, doivent souffrir une vie carcérale sans affection et sans espoir ? Est-ce forcément le prix à payer ? Non. Je refuse. Personne ne devrait élever des animaux quels qu'ils soient sans avoir du respect pour eux au minimum - de l'amour, c'est mieux.

Autre nécessité pour l'élevage industriel: abandonner toute idée de sélection - ça coûte cher. Les inscriptions au LOF, les confirmations, à la limite cela peut se faire. C'est le degré zéro de la sélection. Mais faire évaluer son cheptel par un œil expert et impartial (ça s'appelle un juge, et ça se fait en expos), écarter de la reproduction un chien ayant une faute importante, produisant de la dysplasie ou des caractères atypiques, ne pas utiliser son propre étalon sur une de ses chiennes pour ne pas "doubler" sur un défaut, cela n'est pas assez rentable. Que ce soit au niveau conformation, caractère, ou santé, la sélection est ce qui caractérise un véritable éleveur. Un "éleveur" qui ne sélectionne pas avec le standard comme but, parce que soi-disant il ne produit "que" des chiens de compagnie, est pire que simplement "un mauvais éleveur" : il fait du tort à la race qu'il élève. Même si la génétique n'est pas sa spécialité, Monsieur Ganivet le sait sans doute aussi bien que moi : si l'on cesse la pression de sélection sur un trait donné, celui-ci tend à disparaître. En d'autre termes, si on ne fait aucune sélection en tant qu'éleveur d'une race donnée, il n'y a aucune raison que les chiens produits continuent à se conformer à la race. Après tout, c'est peut-être bien suffisant pour des chiens de compagnie ... croyez vous ? Croyez vous que l'acheteur d'un chien qu'il croyait de race, ne soit pas amèrement déçu quand il constate que son acquisition n'a rien à voir avec les photos et descriptions des encyclopédies et des magazines ? Que, désirant "seulement" un chien de compagnie, il se satisfasse d'un "Labrador" au caractère ombrageux, d'un "Yorkshire" au poil si laineux qu'il est impossible à entretenir et doit être tondu à ras ? Et je ne parle même pas des problèmes de santé, la sélection ayant aussi pour but de minimiser l'impact des maladies génétiques.

Je ne nie absolument pas le fait qu'il soit possible d'élever des chiens professionnellement, avec respect et dans de bonnes conditions de bien être pour les reproducteurs, tout en menant un travail de sélection sérieux. Seulement, dans ce cas là, je ne crois pas une seule seconde que l'éleveur puisse se contenter des prix auxquels l'animalerie achète ses chiots.

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Deuxième et dernier point : la perte de contact entre l'éleveur et l'acquéreur du chiot. En tant qu'éleveur, ce contact est pour moi de la plus extrême importance. Parce que je veux être sûre que les chiots que je produis mènent une vie la meilleure possible. Je veux savoir où est chaque chien né chez moi. Je veux avoir la possibilité de me rendre chez le propriétaire pour racheter le chiot à la seconde même où j'ai le moindre doute sur son désir de le garder. C'est d'ailleurs pourquoi mon contrat de vente stipule mon droit de préemption. Ceci n'est pas une lubie "Gestapiste" de ma part - c'est je pense la moindre des choses que je dois aux chiots qui sont venus au monde par mon fait, ces chiots pour la vie desquels je suis RESPONSABLE. Encourager les éleveurs à utiliser un intermédiaire, l'animalerie, c'est vouloir faire d'eux des IRRESPONSABLES.

Ce contact est tout aussi nécessaire du point de vue de l'acheteur. Celui-ci a tout à gagner à maintenir le contact avec quelqu'un de compétent qui pourra le conseiller à tout moment. Ce n'est pas un employé d'animalerie qui répondra au téléphone un dimanche soir, parce que le propriétaire d'un chiot carlin s'inquiète du "drôle de bruit de cochon" qu'il fait. Et d'ailleurs, il ne saurait pas que répondre à la question ! Un éleveur compétent et spécialiste en sait plus sur sa race que bien des vétérinaires ... alors un "animalier", même avec un certificat de capacité ... laissez-moi rire ! De toute façon, même pour des questions non spécifiques, je n'ai jamais vu qu'une animalerie soit prête à donner des conseils durant toute la vie du chien. Sa réponse sera sans doute "allez voir un vétérinaire" ... haha, je crois que je viens de comprendre quelque chose !

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Bref, du point de vue de l'acquéreur, aussi bien que des chiens en particulier et des races canines en général, l'animalerie en tant que revendeur de chiots (et chatons) est NUISIBLE. Pour les raisons que je viens d'évoquer, et pour bien d'autres encore que je ne détaillerai pas ici (incitation à l'achat "impulsif", mauvaise expérience pour les chiots, aucun "filtrage" des acheteurs en fonction des races, etc, etc), il est à souhaiter que par un effort général d'éducation du public l'on parvienne enfin à faire comprendre et accepter par tous qu'un chien, CA NE S'ACHETE PAS DANS UN MAGASIN.

Sylvie Lauroz - © 2001- 2002

"Les Molosses De Pacotille"

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